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Un livre est un outil de liberté. [Jean Guéhenno]

Illustration réalisée gracieusement par
Sempé pour les affiches et cartes de voeux.

« Lecteurs, vous êtes concernés ! »

Un article de Dominique Gibert, fondatrice des éditions Diateino : Mobilisons-nous contre la hausse de la TVA sur le prix du livre, qui met en exergue le danger de la hausse de la TVA, sur un domaine déjà bien malmené : celui des livres et à travers eux, de l’édition papier.

Bonne lecture et n’hésitez pas à venir débattre du sujet !

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Libraires, éditeurs, imprimeurs, enseignants se mobilisent contre une mesure prise à la va-vite, sans avoir pris la mesure de l’impact qu’elle pouvait avoir pour tout un secteur déjà fragilisé.

La semaine dernière, ainsi que le relate Livre Hebdo, le magazine de la profession, « 1.500 cartes de voeux ont été envoyées aux députés et sénateurs, 20.000 cartes adressées au président de la République et 2.000 affiches envoyées aux librairies (…) La fenêtre de tir est étroite. Pour que le livre puisse être exempté de la hausse de la TVA réduite (on rappelle que le taux est actuellement de 5,5%), il faut qu’un amendement soit déposé et voté dans le projet de loi de finances rectificative pour 2012. (…) Le projet de loi devrait être examiné à l’Assemblée nationale à partir du 13 février. »

Face aux premières réactions effarées qui ont suivi l’annonce de la hausse du taux de TVA fin 2011, l’entrée en application du nouveau taux de 7% a été reportée à avril, ce qui montre bien une perception un peu tardive de  la complexité  de la mise en oeuvre de cette mesure.

A supposer que personne ne revoie sa copie :

– Les éditeurs se retrouvent  face au choix difficile d’augmenter leurs prix en conséquence, dans un contexte de recul du marché, ou de ne pas répercuter cette hausse, avec un risque de retours massifs de leurs livres par les libraires, des droits d’auteurs réduits, ainsi que leur marge éventuelle.

– Si les éditeurs ne répercutent pas cette hausse, la marge des libraires se rétrécira comme une peau de chagrin, s’ils le font, ce que recommande l’ensemble de la profession, les libraires et distributeurs devront réétiqueter  leurs stocks d’ici le 1er avril – imaginez ! -.

Quelle mouche a donc piqué celui qui en sortant cette mesure de son chapeau, a juste oublié que ce secteur était en principe « couvé » par le ministère de la culture ! Et où était donc passé notre ministre ?

Yannick POIRIER, directeur de la librairie Tschann à Paris est à l’origine de cette mobilisation, avec le collectif Callimaque*. Voici un extrait de la lettre de Callimaque aux députés : « De l’ensemble des pratiques culturelles, la lecture, par ce qu’elle convoque dans l’individu et les relations humaines, est essentielle à la qualité du lien social. A l’aube d’une reprise en main de l’avenir de l’humanité, cette pratique, par ce qu’elle impose de patience, de sérieux, de plaisir, d’intelligence et de spiritualité, donne aux Européens une profondeur, une gravité et une sérénité que d’aucuns lui envient. La reconstruction du monde après 1945 ne s’y trompait pas qui, avec la Santé et l’Education, fit de la Culture le troisième pilier sur lequel bâtir la Maison Europe.

Lorsque au milieu des Trente Glorieuses, les Fnac inauguraient une vision plus marchande de la culture, et posaient les principes d’une massification de sa diffusion, l’ensemble des professions du livre oeuvra de conserve pour que le libéralisme avancé soit contrebalancé par une vision plus ambitieuse et large. La loi sur le prix unique du livre, patiemment élaborée sous la conduite de Jérôme Lindon, lui-même fils de la Libération et des ses idéaux, et ardemment défendue par Jack Lang, recevait l’adhésion de tous les parlementaires. L’enjeu était et demeure : permettre que coexistent une culture populaire de qualité et une culture de l’excellence, l’une et l’autre se nourrissant mutuellement. Ne défendre que la première, c’est la couper de son horizon d’attente, ne défendre que la seconde, c’est sombrer dans une société élitiste.

Face aux difficultés que traversent les pays européens, le relèvement de la TVA peut sembler un simple geste technique. (…) Le financement des difficultés occasionnées et le coût inchiffrable des faillites engendrées par le relèvement de la TVA feront perdre à l’Etat plus qu’il espère gagner. »

* Poète grec, Callimaque rédigea le premier catalogue raisonné de la littérature grecque une fois nommé bibliothécaire d’Alexandrie.