Exigez le meilleur avec la méthode Kissinger

Il ne peut pas y avoir de crise la semaine prochaine : mon agenda est déjà plein. [Henry Kissinger]

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Que vous soyez Expert comptables, Responsable RH, Chef de de service juridique ou toute autre profession, vous avez certainement vu passer devant vous des dossiers, des rapports bâclés.
Ne soyez pas timides, et levez la main bien haut !

D’apparence étincelant de pertinence mais affreusement décevant en substance,
le rapport ou dossier terminé à la va-vite agace, frustre et énerve.
Une perte de temps pour la relecture, la recherche de confirmation des résultats et l’immense travail de correction.
Soyons clairs : vous attendiez une production de qualité, fournie et sans erreurs.

Deux solutions s’offrent à vous !

Si vous en avez assez de gaspiller éhontément votre temps à ce travail de correction, vous avez le choix entre :
Hard stick policy : convoquer votre collaborateur et passer au crible la production rendue
Soft stick policy : s’asseoir à votre bureau et opter pour la méthode Kissinger.
Pour la première option, vous aurez certainement une deuxième production de meilleure qualité, mais l’effet presque humiliant ressentie par votre collaborateur est susceptible de rendre vos rapports d’avantages conflictuels.
Alors pourquoi ne pas essayer cette méthode Kissinger.

Kissinger, en bref : Henry Kissinger est politologue et ancien diplomate américain – A oeuvré pour la résolution des conflits Guerre du Viet-Nam / Kippour, le rapprochement successifs avec l’URSS et la Chine – Prix Nobel de la Paix en 1973 – Conseille aujourd’hui les groupes mondiaux et Etats dans l’établissement de contrats internationaux.

Alors en quoi est ce M. Kissinger peut vous aider sur cette question des « productions bâclées » ?

Henry Kissinger est connu pour avoir su motiver ses associés, collaborateurs et leur faire donner le meilleur d’eux-même, notamment lorsqu’il servait comme Secrétaire d’Etat.
Pour ce faire, il n’hésitait pas à leur faire recommencer deux, trois fois voire d’avantage les dossiers ou rapport ou discours qu’il lui présentait.
La particularité est que Kissinger ne se donnait pas la peine de lire à chaque fois ces dossiers, rapports ou discours.
Ces productions restaient à l’endroit où la personne le lui avait laissé (bureau, enveloppe…).

Is this the best you can do?

Un célèbre exemple et témoin de cette étrange mais ingénieuse pratique a été l’ancien Ambassadeur Winston Lord.

Lord présenta un jour, un discours (speech) à Kissinger.
Le jour suivant Kissinger appela Lord et lui dit : «  Is this the best you can do? »
Traduisez par « C’est le mieux que vous puissiez faire ? ».
Lord répondit « Je pensais avoir fait de mon mieux, mais je vais le retravailler« . Il réécrit le document le lendemain et le retransmis.

Même réponse que précédemment « Êtes vous certain que c’est le mieux que vous puissiez faire »
Et la situation se poursuivit jusqu’au neuvième essai pour Lord.
A la neuvième tentative, Lord presque désespéré et confus par cette incessante question « C’est le mieux que vous pussiez faire ?« , fini par répondre : « Henry, je me suis creusé la cervelle, j’ai donné tout ce que j’avais, c’est le neuvième essai ! »
Kissinger précisa : « Je sais que vous avez fait de votre mieux : je n’aurai rien à rajouter sur votre travail« .

Henry Kissinger regarda Lord et lui dit avec le ton calme et déterminé :

Et c’est pourquoi, je vais le lire maintenant.

Fait réel, ou anecdote de diplomate, vous admettrez que cette méthode peut-être efficace pour atteindre une plus grande qualité des rendus.
Il n’y avait aucune obligation dans la phrase de Kissinger, aucune critique directe à l’encontre du travail de Lord. Simplement l’installation d’un doute sur la capacité réelle de son interlocuteur à produire un contenu de qualité.

Faire douter pour progresser, serait-ce une formule miracle ?

4 Comments

  • Il s’agit d’une excellente méthode, mais contrairement à ce qui est écrit en conclusion, son fondement ne consiste pas à faire douter autrui pour qu’il progresse, mais à supposer en lui des capacités qu’il ne décèle même pas. Bref, cette méthode repose sur la foi. Selon la définition qu’en donne par exemple le philosophe Alain dans l’extrait ci-dessous :

    Je puis vouloir une éclipse, ou simplement un beau soleil qui sèche le grain, au lieu de cette tempête grondeuse et pleureuse ; je puis, à force de vouloir, espérer et croire enfin que les choses iront comme je veux ; mais elles vont leur train. D’où je vois bien que ma prière est d’un nigaud. Mais quand il s’agit de mes frères les hommes, ou de mes sœurs les femmes, tout change. Ce que je crois finit souvent par être vrai. Si je me crois haï, je serais haï ; pour l’amour de même. Si je crois que l’enfant que j’instruis est incapable d’apprendre, cette croyance écrite dans mes regards et dans mes discours le rendra stupide ; au contraire, ma confiance est comme un soleil qui mûrira les fleurs et les fruits du petit bonhomme. Je prête, dites-vous, à la femme que j’aime des vertus qu’elle n’a point ; mais si elle sait que je crois en elle, elle les aura. Plus ou moins, mais il faut essayer ; il faut croire. Le peuple méprisé est bientôt méprisable ; estimez-le, il s’élèvera. La défiance a fait plus d’un voleur ; une demi-confiance est comme une injure ; mais si je savais la donner toute, qui donc me tromperait ? Il faut donner d’abord. Alain

  • Méthode certainement efficace, mais je me demande si cela ne peut pas entrainer une grosse angoisse chez une personne qui manquerait de confiance en elle. N’aurait-elle pas tendance à entendre de la déception ou un jugement de valeur derrière cette simple question ? (c’est à dire entendre « C’est mauvais », sans avoir plus de détail)

  • Bonjour Joanne. Je pense qu’il y a un certain nombre de personnes qui manquant de confiance en elles, font d’avantage d’efforts et arrivent à se motiver d’elle-même. Inconsciemment, elles s’auto-appliquent probablement cette méthode et au final rendent un bon produit fini.
    Autre suggestion est qu’effectivement la méthode Kissinger peut-être perçue comme « intimidante ». Mais ne serait-ce pas le rôle du Manager de bien connaître de ses collaborateurs et d’ajuster son management en fonction de ces diversités de profils psychologiques ?

  • Je suis entièrement d’accord avec toi, Benjamin, concernant le rôle du Manager. Tout est dans la personnalisation ! 🙂

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