Et si la sphère privée glissait vers la sphère professionnelle?


Nul ne skie assez doucement pour glisser sans laisser de traces. [Proverbe finnois]

Un article du NY Times, paru hier, sur une volonté forte de certaines entreprises de faire glisser notre sphére privée vers une sphére professionnelle, a attiré mon attention et du coup, m’a questionné :

Suis-je prêt à chercher recruter directement sur Facebook? Suis-je prêt à chercher un emploi sur Facebook?

Nous entendons souvent que Facebook est pour la sphére privée, alors que LinkedIn est centré sur la sphére profesionnelle, ce que nous contestons, aujourd’hui. [Rick Marini]

Rick Marini est le directeur général de BranchOut – un service de réseautage professionnel sur la plateforme Facebook. Le service s’appuie sur les social graphs des utilisateurs et les réseaux sociaux pour aider à trouver des emplois, des candidats ou des contacts qualifiés et il essaye donc d’ajouter un couche professionnelle à Facebook.

Leur principal écueil est indéniablement la difficulté des personnes à accepter ce floutage de la frontière.

« Quand on me demande des recommandations, de la part de mes contacts LinkedIn, je reste toujours un peu sceptique. Le problème est que je n’ai rencontré la plupart de ces personnes que 5 minutes à une conférence et je ne me sens pas à l’aise de les recommander. Mes amis sur Facebook sont réellement mes amis et je peux donc tout à fait le faire. »
(NB: Remarquons simplement que M. Marini a un nombre assez sympa de « vrais amis » : 1,804 selon sa définition…)

Lorsque les utilisateurs joignent BranchOut, le logiciel extrait de Facebook, les informations sur leur éducation, leur employeur actuel et le titre du poste, laissant tout le reste.

A l’exclusion des photos « délicates » – qui bien entendu ne consistue pas une base profitable pour une identité numérique professionnelle, BranchOut permet d’afficher des employeurs potentiels se trouvant sur le réseau de vos amis Facebook. Certes proposés de manière différente de LinkedIn mais non dénué d’intérêt.

Quid des personnes que vous appréciez dans la vie mais avec qui vous ne voulez pas travailler, me direz-vous? Voilà la question soulevez par Tom Chevalier, qui travaille pour BeKnown (de Monster) – un concurrent direct de Branchout.

La stratégie de BeKnown repose plus sur le choix des informations et l’acceptation obligatoire des amis Facebook pour utiliser les données et les connexions.

La grande question reste avant tout : mais pourquoi ne pas investir le même temps à construire un profil relié à LinkedIn?

En sachant qu’un utilisateur Facebook moyen visite le site plus de 30 fois par mois, comment peut-il y avoir le moindre doute?
Le confort et la proximité du géant américain permettent ainsi de pouvoir aider les utilisateurs à penser à leur carrière plus fréquemment.

Pourtant, les candidats vont là où sont les offres des employeurs et les employeurs vont là où est la plus grande diversité de candidats  i.e. sur LinkedIn, aujourd’hui.

M.Marini concède que LinkedIn a clairement le contrôle sur une partie des professionnels – celle des « cols blancs et des managers » (49% des membres de LinkedIn gagnent plus de 100 k€/an).
Ce segment ne représente qu’une infime partie de la force de travail et M. Marini souhaite donc se concentrer sur la majorité que représentent les « cols bleus, les temporaires, les journaliers, les les caissiers, les commis, les ouvriers, les retraités militaires… » et qui ont tendance à être sur Facebook.

Selon les derniers chiffres de ComScore (Novembre 2011), LinkedIn affiche 95 millions de visiteurs uniques par mois, contre un million par mois de V.U. pour Branchout et seulement 170 000 V.U. pour BeKnown.

Ces chiffres relativement faibles sont une preuve que les utilisateurs veulent clairement garder leur vie professionnelle séparée de leur vie personnelle.

Et vous, comment séparez-vous vos vies?

The following two tabs change content below.

, , , , , , , ,

  1. #1 by Sébastien Magro on 2012/01/11 - 11:35

    Personnellement, j’ai constaté une « professionnalisation » de mon Facebook. Les interactions avec mes amis IRL se sont tassées, et progressivement, depuis un an environ, j’ai de plus en plus « d’amis » qui sont des contacts pro.

    Au début, j’ai résisté aussi longtemps que possible, allant même jusqu’à répondre à des demandes d’amis en expliquant ma politique et en incitant les gens à prendre contact sur LinkedIn. Et puis j’ai du céder, notamment parce que les groupes Facebook sont aussi devenus un outil très performant pour échanger des informations, des liens, des avis, des commentaires avec ma communauté professionnelle (les #museogeeks).

    En revanche, une majorité de ces personnes sont aussi des contact sur LinkedIn, mais nous n’avons presque pas de véritables échanges sur cette plateforme, bien qu’elle propose des outils tout aussi efficace que Facebook pour le coup. Au final, je me demande si ce n’est pas non plus une question de culture, car, comme tu l’indiques, les gens se connectent bien plus souvent sur Facebook que sur LinkedIn
    Sébastien Magro dont le dernier article est Les musées sur les réseaux sociaux : la guerre des chiffres n’aura pas lieu

    er
(ne sera pas publié)